En permaculture, la forêt a toujours été une source d’inspiration. Bill Mollisson, avant de créer les fondements de la Permaculture, a même passé deux ans en forêt pour étudier l’écosystème forestier et le biomimétisme.

Aujourd’hui, je vais vous parler du système permacole qui se rapproche le plus de la forêt, le jardin-forêt, qu’on appelle aussi forêt comestible, forêt nourricière ou jardin boisé.

Dessin de Lucile Relexans.

Avant tout de choses, parlons de succession végétale. Notre climax écologique originel, sous notre climat tempéré, est naturellement la forêt. Si nous laissons un lieu de verdure retourner à son état sauvage, sans interventions de l’humain, nous aurions en 50 ans une magnifique forêt implantée.

Mais alors qu’est ce que la succession végétale ? Ce sont les étapes clés, qui préparent et aident au développement de la forêt.

Si nous partions d’un sol nu, la première année viendra s’implanter des plantes annuelles, principalement des plantes couvre-sols, pour coloniser l’espace, protéger et amender le sol. La  deuxième année, et jusqu’à quatre ans, des plantes vivaces herbacées se rajouteront aux plantes annuelles. Le sol sera complètement végétalisé. Entre 5 et 15 ans, stade que l’on nomme pré-forestier, des ronces, des arbustes (aubépines, prunelliers, genêts…) et des arbres à pousse rapide (bouleau…) viendront compléter la liste des végétaux. Les ronces, en plus d’apporter du carbone au sol (essentiel pour la création de la lignine), protégeront les jeunes arbres des prédateurs, comme les chevreuils ou les sangliers. Puis, de 25 à 50 ans, les arbres à pousse lente, tel que les chênes et les châtaigners, feront leurs apparition, et en 50 ans une jeune forêt sera en place, habitée par sa faune associée.

Bienvenue dans la forêt.

Le jardin-forêt s’inspire de cette succession végétale, mais également de la culture multi-étagée, que l’on peut trouver naturellement dans un bois. En effet, vous n’allez pas y observer une rangée d’arbre, une rangée d’arbustes… Des compagnies de plantes, aux strates différentes, vont se retrouver aux mêmes endroits, sans créer de compétition négative.

Le jardin – forêt cultive donc 7 strates (étages) de végétaux :

  • La canopée : Comme son nom l’indique, c’est là où nous retrouvons les arbres les plus grands, que l’on placera au Nord de notre jardin-forêt, pour éviter qu’ils fassent de l’ombre sur les végétaux plus petits ou demandeurs de plus de luminosité. On retrouve dans cette catégorie, les chênes, les châtaigners, les noyers, les cerisiers, les merisiers, les pruniers… Les fruitiers de très grandes tailles.
  • Les petits arbres et grands arbustes : Nous mettons dans cette catégorie des arbres fruitiers plus petits, comme les pommiers, poiriers, plaqueminiers, sureaux, noisetiers, pêchers, abricotiers, aubépines, prunelliers, et j’en passe.
  • Les buissons à baies : C’est la catégorie de tout les arbustes à baies, framboisiers, groseillers, ronciers, mûriers sans épines, cassisiers, etc.
  • Les herbacées : Vivaces ou annuelles, au choix. Ce ne sont pas les herbacées comestibles qui manquent, que ce soit les plantes sauvages, les plantes aromatiques ou médicinales, les légumes feuilles, et j’en passe.
  • Les légumes racines : Ce sont des types de légumes qui se cultivent très bien en lisière de notre jardin-forêt. Vous disposez d’un choix très vaste : Radis, panais, carottes, raifort, navets…
  • Les plantes couvre – sols : Plantes que nous pouvons planter un peu partout dans notre jardin-forêt, que ce soit en lisière ou sous la canopée.  Par exemple, la menthe, les fraisiers des bois et l’ail des ours, se plaisent très bien en milieu ombragé.
  • Les plantes grimpantes : En tonnelle, le long d’un mur, sur un arbre je vous invite à cultiver des grimpantes dans votre jardin-forêt. Chèvrefeuille des bois, passiflore, kiwi, kiwai, glycine, capucine… Le choix des grimpantes comestibles est varié et diversifié.

Les fruits du kiwai.

Quelques détails avant de vous lancer :

  • Observer la nature et particulièrement les bois et forêts. La nature nous enseigne gratuitement et est une bonne source d’inspiration/motivation.
  • Il est important de connaître un minimum la physiologie des plantes que vous désirez planter, ainsi que leurs besoins en lumière, eau et sol. Cela vous permettra de composer les bonnes communautés, dans le respect de chaque végétal . N’oubliez pas que vos plantes vont grandir, et qu’elles n’ont pas toutes les mêmes besoins.
  • Maîtrisez bien l’ombre et la lumière, en fonction des plantes que vous allez cultiver. Créez des puits de lumière si besoin et il vous faudra sûrement de temps à autre élaguer les plus grands arbres, si ces derniers se développe beaucoup trop et deviennent gênant pour le reste des plantes. Bien réfléchir au design de votre jardin-forêt réduira considérablement l’entretien à lui apporter et les déconvenues.
  • Aménagez des espaces pour la faune. Accueillez insectes, oiseaux, petits mammifères, batraciens, ce sont des petits êtres indispensable au développement et au bien-être de votre futur jardin-forêt.

Pour approfondir le sujet, j’organise une formation de deux jours sur ce thème, le 14 et 15 avril 2018, à Bruz. Plus d’informations ici.

Je vous invite à regarder cette vidéo, qui synthétise cet article :

L’article thématique du mois prochain, sera sur les fours à pain à faire soi-même, en terre crue et paille.