Méthode ancestrale qui remonte à un passé fort lointain, le four en terre crue et paille revient depuis quelques années sur le devant de la scène.
Assez simple à réaliser, et très peu couteux, voir complètement gratuit en matériaux, ce style de four permet d’utiliser des ressources locales, il est biodégradable et respirant.
Ses seuls inconvénients, il doit être protégé de l’eau, donc il faut lui construire un abri (à moins que vous ayez un bâtis pour l’accueillir) et il nécessite quelques petites « réparations » ponctuelles.

Le four, juste après sa réalisation.


La mise en œuvre est donc très facile et rapide à mettre en place. Le mien a été réalisé lors d’un chantier – école de deux jours, avec 6 participant.e.s.
Pour commencer, je vais vous lister les besoins :
– De la terre argileuse.
– De la paille.
– Un support solide pour le four, nous c’est gros touret de chantier.
– Une planche de bois pour la porte.
Vous le constatez, cela ne nécessite que très peu de moyens.
Pour son fonctionnement, le four n’a besoin que de bûches bois.

Alors comment construire un tel four ?
Pour commencer, il va vous falloir tamiser la terre argileuse, pour enlever un maximum de cailloux et autres agrégats.
C’est une tâche assez ingrate, qui vous prendra un peu de temps, mais nécessaire à la réalisation d’un bon enduit.
Deuxième tâche un peu longue et répétitive, couper les brins de paille, pour faire des morceaux entre 3 et 5 cm.
Une fois ces deux tâches réalisées, vous allez pouvoir commencer à faire de l’enduit.

Tamisage de la terre, en mode tigre du Bengale.

Nous avons fait l’enduit de façon assez archaïque, ce qui était la démarche de la réalisation de ce four, une connexion avec notre culture ancestrale.
Nous n’avons pas respecté de proportions exactes, nous avons fait un peu au ressenti, au visuel et au toucher.
Si vous désirez des proportions à respecter, généralement on dit qu’il faut 1 volume de terre, pour 3 à 4 volumes de paille.
Dans une grande bassine, nous mettions un peu de terre, un peu de paille et un peu d’eau. Puis, commençait le brassage au pieds. Il faut bien brasser et mélanger. Au besoin, nous rajoutions de l’eau ou de la terre.
L’enduit devait être bien homogène, bien tenir dans la main et pas trop liquide.
Il a été fait progressivement, pour éviter qu’il sèche. C’est à dire que nous faisions un peu d’enduit, puis nous nous mettions sur le modelage du four et ainsi de suite.

Avant de construire le four, nous avons fait des marquages sur le touret, pour délimiter les parois intérieures et extérieures, l’endroit où doit se trouver la porte et l’endroit où doit se trouver la cheminée.
Le modelage à commencé avec la réalisation de la sole, qui est tout bonnement son plancher. C’est aussi là que vos aliments vont cuire et où va se créer la connexion.
Cette dernière doit faire toute la superficie du four. Nous l’avons faite d’une épaisseur de 20 centimètres, car comme le four est construit sur un touret en bois il était préférable de la faire bien épaisse, pour éviter que le touret ne chauffe trop, voire même s’enflamme.
Nous avons mis un repère (une branche en bois) pour garder en visuel notre centre.

La sole terminée.

Puis, nous avons commencé à monter les parois du four. Pour une grande partie, elles doivent faire 15 centimètres d’épaisseur, à part pour le plafond qui lui doit faire 5 centimètres d’épaisseur.
Afin de nous aider à incliner les parois, comme notre four est de forme ronde, nous bourrions progressivement de paille l’intérieur du four. Elle nous a servit de support. Le plus dur a été la réalisation de l’ouverture de la porte.
Pour la cheminée, nous avons pris un tuyau en zinc recourbé vers le bas, sur lequel nous avons modelé.
Plus nous montions, plus nous devions bien tasser la paille, pour que les parois tiennent bien, surtout pour le plafond qui est d’une épaisseur plus fine.

Le modelage du four n’a pris qu’une journée, c’est assez rapide à réaliser et très ludique.
Quelques jours après, nous avons réalisé un enduit de finition, qui n’a pas été un gros succès, car uniquement terre crue. Comme il faisait assez chaud, il a subit un choc thermique trop rapide et a donc très vite craquelé. Mais cela donne de l’âme à notre four, un côté ancien. Pour une belle finition, je vous conseille de mélanger l’argile avec du sable ou de la chaux, pour avoir un rendu plus esthétique.

Nous avons attendu un bon gros mois pour que l’enduit extérieur soit bien sec et nous avons brûlé la paille à l’intérieur du four, pour sécher et cuire l’intérieur.
Il faut prendre le temps de brûler la paille progressivement, pour éviter un trop gros choc thermique, donc évitez de faire une grosse flambée. Cette opération nous a pris deux bonnes heures.
Pour information, la flambée créera beaucoup de fumée, donc évitez d’être tout le temps devant ou alors protégez vos voies respiratoires. Pour réussir à lancer le feu, il faut bien évidemment enlever un peu de paille pour créer un mini foyer.

La paille se consume progressivement.

Le lendemain, ou les jours qui suivent, vous pourrez réaliser une petite préchauffe.
Cela permettra au four de finir de cuire à l’intérieur au cas où et le préparera doucement à sa première vraie chauffe.
L’extérieur lui, sera toujours cru, c’est pour cela qu’il faut le protéger des pluies.
Une fois toutes ces étapes réalisées, votre four est prêt à l’utilisation.

L’utilisation du four est également assez simple, il suffit juste de faire un feu à l’intérieur du four.
Cependant, il y a quelques recommandations :
– Faire une feu progressif, pas de grosses flambées. Une grosse flambée créer un choc thermique trop important, qui abîmera votre four très rapidement, en créant de grosses fissures. Il vous faudra donc alimenter votre feu progressivement, en ne mettant pas trop de bûches d’un coup.
– Ne pas utiliser de trop grosses bûches, plutôt de petites ou de moyennes tailles, pour les mêmes raisons que celles citées juste au dessus.
– Avant de cuire vos aliments, étaler vos braises sur toute la surface de la sole et laisser chauffer quelques minutes.
– Retirer toutes les braises ou en laisser une partie le long des parois pour prolonger le temps de chaleur.
Le temps de chauffe va varier selon vos besoins de cuissons. Si ce n’est que pour faire un ou deux pains ou quelques pizzas, 1h, 1h30 maximum, sera suffisant pour la bonne cuisson de vos préparations. Pour de plus grande quantité ou pour des plats plus longs à cuire, le temps de chauffe sera plus long. Au début, vous devrez faire quelques tests, c’est normal, à part si vous insérez un thermomètre dans votre four, qui vous permettra de savoir quand le four est suffisamment chaud.
Nous, nous n’avons pas mis de thermomètre, donc il y a eu beaucoup de tests et les cuisons se font un peu plus au feeling.

Qu’est ce que l’on peux cuire dans un four en terre crue & paille ?
Et bien, je dirais à peu près tout ce que vous pourriez cuire dans un four traditionnel.
Généralement, on réalise ces fours pour la cuisson du pain et des pizzas, mais vous pouvez aussi y cuire vos gâteaux, vos tartes, vos biscuits, vos gratins, vos légumes rôtis…. et même des poteries et/ou sécher des plantes.
Vous pourrez donc cuire plusieurs choses à fois, ou à la suite, pour optimiser la chauffe de votre four.
Pour l’instant j’ai testé : Pains, pizzas, tartes, biscuits, gâteaux et poterie. Au début il y a eu quelques ratés de cuissons, mais près un temps d’ajustement c’est une réussite.


L’entretien du four n’est pas très exigent, cependant avec le temps il vous faudra forcément combler quelques fissures et refaire un peu d’enduit, ce qui est normal si il se trouve comme le mien en extérieur.
Il va forcément subir des chocs thermiques liés aux saisons et à l’humidité.
Le mien a un an et demi, et à part une cheminée cassée que j’ai dût remodeler, quelques fissures et l’enduit de finition qui craquelle, il va très bien.
Cependant, n’hésitez pas à vérifier ponctuellement qu’il n’y ait pas de grosses fissures qui se créent, surtout à l’intérieur du four.
Il faut mieux remettre un peu d’enduit rapidement, que de laisser une fissure s’étendre et risquer la dégradation rapide de vos parois ou de votre sole.

Pour conclure, je dirais que le four en terre crue & paille est une réalisation simple à mettre en place, rapide à construire et  très créative.
Cela vous permet de renouer, un peu, avec des méthodes ancestrales et d’aggrader votre autonomie.
L’argile et la paille sont des matériaux que vous pouvez trouver localement, voir que vous pouvez produire vous même, donc très faibles en empreinte carbone.
Ce sont également des matières 100 pour cent biodégradables et complètement écologiques, à part si vous utilisez de la paille traitée, ce que je vous déconseille bien évidemment.
Le bois se trouve également assez facilement et on peut également le produire soi-même.
Le four en terre crue & paille, par conséquent, rentre dans une démarche permacole.
Dernier avantage, cela vous permet de créer une cuisine extérieure, qui vous fera un peu sortir de votre habitat et jouir des saisons.
Il ne vous reste plus qu’à vous lancer !

Voici deux vidéos qui synthétisent et complètent cet article.

Première partie, sur la réalisation de mon four :

Deuxième partie, sur l’utilisation et l’entretien :